Poëtudes ... écritures et arts

Avec de vrais morceaux de phrases dedans...

Jardin d’Enfant

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La pluie a pris le train

plein vent dans la nuit

je cours, je cours, je cours

je monte et je descends

c’est mes pas qui résonnent

dans la cloche qui sonne

je tombe

je crie

je ris

ce n’est rien

un grillon se bidonne

et puis plus rien …

 

je donne un coup de reins

et entreprend de grimper sur un tronc

un merle m’encourage

il sifflote une vieille comptine de sève bleue

je glisse

m’agrippe au tronc rugueux

j’enrage

 

deux mésanges à tête bêche

piaillent d’un air revêche

sur mes jurons

 

d’un bond je remonte

décidée à dompter ce damné arbre

je m’accroche à la première branche

CRAAAAACK

je flanche

SCRAAAAAAAAAAAATCHHHHHHHH

j’avalanche dans la terre molle

les guibolles agenouillées

j’ai envie de pleurer

 

un avion passe

j’ai la peau crasse

les mains ébréchées

la volonté lasse

des yeux d’herbe mouillée

 

à mes côtés

une fourmi passe

chargée comme un baudet

elle se fout de mes grimaces

La Fontaine vous le dirait

elle a d’autres chats à porter

j’ai la peau crasse

les mains ébréchées

la volonté lasse

des yeux d’herbe mouillée

 

à mes côtés

une fourmi passe

chargée comme un baudet

elle se fout de mes grimaces

La Fontaine vous le dirait

elle a d’autres chats à porter

 

j’ai l’air d’une limace

à la coquille consignée

je suis lasse

trop lasse pour me relever

juste mes yeux se déplacent

vers le haut du cerisier

où un vers barbouillé de cerise

me regarde le ventre bombé

il ricane

si ! si ! je l’entends ricaner

« ah ! ouai !

tu vas voir

tu vas voir c’que j’ai rêvé … »

 

et le corps léger d’odeurs

je repars à l’assaut du verger

 

ce soir

c’est sûr

vous verrez

j’aurai un sommeil de verdure

et ma chevelure de feuilles emmêlée

gardera ce parfum d’aventure

collé au réveil de mon oreiller.

j’ai l’air d’une limace

à la coquille consignée

je suis lasse

trop lasse pour me relever

juste mes yeux se déplacent

vers le haut du cerisier

où un ver barbouillé de cerise

me regarde le ventre bombé

il ricane

si ! si ! je l’entends ricaner

« ah ! ouai !

tu vas voir

tu vas voir c’que j’ai rêvé … »

 

et le corps léger d’odeurs

je repars à l’assaut du verger

ce soir

     c’est sûr

             vous verrez

                   j’aurai un sommeil de verdure

      et ma chevelure de feuilles emmêlée

gardera ce parfum d’aventure

collé au réveil de mon oreiller.

 

© Anne Rapp-Lutzernoff – Poëtudes - 2016

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